NOUS SOMMES HIP HOP

12898133_10208533669920159_3432085423513853475_o Facebook square blue small Twitter square blue small YouTube-Logo-2-psd52810

Interview d'Al , rappeur de Dijon

 

 

Nous sommes Hip-Hop avons rencontré Al, rappeur originaire de Dijon, dans notre QG pour l'interroger sur sa perception de la culture Hip-Hop, comme à notre habitude. Rendez vous pris au coeur du mois d'août. Amicalement, il nous a accordé du temps et nous a fait le plaisir de sa détente et de son aisance naturelle. C'est un échange libre que nous vous retraduisons ici par écrit. Ce fût  pour nous l'occasion de faire évoluer nos entretiens et nos questionnements. Al, nous t'en remercions!

 

NS2H :  Présente toi

Al : Je suis, Al, rappeur, 43 ans, j'ai sorti mon 3eme album en novembre dernier (Le pays des lumieres, 2015 NDLR)

 

Comment es tu entré dans le Hip-Hop ?

Par la danse au début dans les années 80. J'écoutais déjà ce qu'il se faisait dans le rap, des trucs Américains pour l'essentiel. J'habitais à Dijon et il y a des mec rappaient, j'ai voulu m'essayer et voilà j'ai poursuivi là dessus.

 

Si tu devais t'essayer à une définition du Hip-Hop, ce serait quoi pour toi?

Au fur et mesure des années mon point de vue à changé, évolué. Avec le temps, la vie te fait évolué et tes centres d'intérêts changent. Il y a eu une époque où ma priorité, ma vie, c'était d'acheter des disque et de me mettre devant mon poste en les écoutants de façon très scolaire, en lisant le livret pour tout connaitre sur les disques. Au fur et à mesure, tu taffes, tu avances, tu fais des choses et forcément ton point de vue, ta façon de vivre le truc change. Pour ma part, paradoxalement, en m'engageant plus dans Hip-Hop mon point de vue a changé. Le fait d'être passé d'auditeur à la pratique, fais que tu vois les choses différemment . Moi ça m'a fait évoluer. Tout d'abord c'est une passion, j'écoute encore du Rap aujourd'hui. Le truc, c'est qu'il y a autant de définition du Hip-Hop qu'il y a de gens dans cette culture.

 

Est-ce qu'aujourd'hui, il te semble possible de faire du rap en prenant position ?

Oui, c'est possible, mais cela suppose d'en assumer les conséquences. Si tu as des ambitions, des envies de reconnaissance mais qu'en même temps tu veux prendre des positions, là ça devient très difficile à gérer, car c'est rarement compatible, et de moins en moins.

Tu évoques ce besoin de reconnaissance, qui se renforce avec la médiatisation du rap à partir de 1998 avec Skyrock et a fortiori à partir des années 2000.

Aujourd'hui, en 2016, comment perçois tu ce besoin?

Aujourd'hui, il y a des gens qui font du Rap juste pour la forme. Moi ce qui me fait kiffer, c'est d'écouter quelque chose qui m'interpelle que ce soit pour le fond ou pour la forme. Cela peut être, l'univers qui se dégage d'un morceau ou le message que raconte le mec qui me fait découvrir que je n'avais pas vu les choses sous cet angle là. Le truc, c'est que j'ai l'impression que ça m'arrive de moins en moins. Après c'est vrai que je porte moins attention à ce qui se fait aujourd'hui, cela prendrait des heures. Mais j'aime croire que si je me donnais la peine d'écouter un max de trucs, j'aurais encore de bonnes surprises. Alors effectivement, si tu restes passif à attendre ce que les médias vont te balancer, tu vas n'entendre qu'un seul  son de cloche. La plus part du temps c'est de l'entertainment (divertissement NDLR) et puis basta. La majeur partie des gens, à mes yeux, vont vers la musique pour se divertir et pour se détendre et pas forcément  pour se prendre la tête et se poser des questions.

 

Est-ce que tu dirais qu'un rap de salon a été créé?

Oui dans un sens. Ce rap là existe, il a une grosse place. Nous en sommes aussi à l'origine. Personne n'a forcé personne. C'est une question de pragmatisme ni plus ni moins, les gars essaient une fois, voient que le morceau marche, passe en radio et que 3 mois après le virement de la Sacem va avec.  Comme ça fait du bien, on continue sur cette lancée. Aujourd'hui c'est une réalité. Je n'ai même plus envie de cracher dessus. Je pense d'ailleurs que certains restent capables d'une vrai conscience politique et qu'ils sont "justes" et corrects avec leur entourage. En revanche, d'autres qui se présentent comme militants en vitrine mais n'ont rien à foutre des autres. C'est pas si manichéen que ça. Il n'y a pas d'un côté les bons, les gentils et de l'autre, les mauvais, les méchants.  

 

Quelque part le texte ne raconte pas toujours l'homme?

C'est clair t'écrit ce que tu veux, et après tu es qui tu es.

 

Est-ce que justement pour toi c'est important de donner à voir quelque chose de toi même, de ton intégrité, dans tes textes ?

Chez moi, c'est quelque chose de naturel. J'entend des mec qui écrivent et racontent des trucs, mais tu sens la supercherie, une forme de démagogie, tant par rapport à la rue, au quartier. Ils se font plaisir en fantasmant sur nos vie. Dans tout ce que je consomme, que ce soit du cinéma, de la musique, j'aime que le réalisme soit présent. J'essaie de le faire aussi à travers ce que j'fait. C'est pas tant important, pour moi c'est naturel. Dans le processus de création, le plus difficile et le plus beau, le plus percutent, c'est d'être au plus près de la réalité. Il y a des gens qui aiment les blockbuster avec des voitures qui font des triples saltos arrières, moi non. Mais il faut de tout.

 

Est-ce que tu te mets des barrières, des limites quand tu écris ?

Si j'ai l'impression que j'commence à raconter n'importe quoi, que je sors de moi même et que je commence à être trop dans un personnage, je vais me mettre des frontières. De toutes façons, mes potes vont se moquer de moi et me le dire. J'ai quand même l'impression que ce qui se partage avec le plus grand nombre, c'est ce qu'il y a enfoui au fond de nous même, humanité profonde : nos joies, nos craintes, nos espérances, nos doutes, notre quotidien. Souvent quand j'écoute un titre, je me dis: "Mais ouais! Il a raison ça se passe trop comme ça". En revanche, si le gars me raconte qu'il bicrave 25kg de shit par jour, je ne peux pas savoir de quoi il parle, ça ne résonne pas pour moi, car je n'ai jamais vécu ça. Pour moi si tu veux toucher le plus de monde possible, il faut évoquer ce qu'il y a de plus profondément enfoui en toi. C'est là que se trouve le point commun entre nous tous, au fond de chacun. Après, je comprend que les gens puissent être réfractaire , tout le monde n'a pas envie d'exposer ce qui ne va pas.

 

Autrement dit, ce que nous avons de plus intime, peut aussi être ce qui nous fait le plus peur... La musique n'est elle pas justement un moyen de le sortir de soi, de le cracher, et donc de le sublimer? N'est-ce pas finalement là sa beauté et sa force, qu'elle nous touche?

Tout à fait. Après, il y a aussi la façon de le mettre en avant, la forme qu'on lui donne. Se mettre à nu sans pudeur ne fait pas forcément l'intérêt. C'est toujours délicat de parler de soi. Il faut trouver le juste milieu, le bon ton. Dans quelques morceaux je l'ai fait, mais je suis vigilant à ne pas verser dans le pathos (recherche inopportune d'effets de style dramatique ; propos pleins d'emphase et peu clairs NDLR).

 

Nav 1 right white large